Mardi 11 janvier 2011
2
11
/01
/Jan
/2011
11:34
Etrange sensation de penser que nous vivons ici, près de Saly au Sénégal, depuis
maintenant un peu plus de 18 mois, et donc un petit bilan s'impose.
Ce pays, que j'aime toujours autant, est tiraillé entre modernisme et traditions, et
quand je dis modernisme, je pense qu'il fait ce qu'il peut, avec les moyens qu'on lui donne, c'est à dire vraiment pas grand chose.
Ici la pauvreté est partout, pas vraiment la misère mais bien la pauvreté, et quand nous arrivons de nos "pays civilisés", nous nous prenons cette réalité en pleine figure, impuissants que nous
sommes à les aider concrètement puisque les instances dirigeantes semblent avoir oublié leurs concitoyens.
Comment peut-on essayer de s'en sortir, dans la plupart des domaines, quand on totalise souvent dans une journée de 24 heures près de 20 heures de coupures d'électricité, et la journée suivante
Idem, et la suivante, et la suivante encore ... ? Qui peut imaginer travailler dans de telles conditions ? C'est toute l'économie du pays qui est sans cesse remise en question.
Les artisans ou entrepreneurs d'ici, courageux et habitués, ne baissent jamais les bras et vivent cela comme une fatalité. Que peuvent-ils faire d'autre ?
Nous, les "nantis", on arrive toujours à palier à ce genre de soucis en nous équipant de matériels chers et sophistiqués qui prennent le relai lors de ces coupures électriques, mais on réalise
bien que l'avenir n'est peut-être pas sous les meilleures augures car, de ma propre expérience, il me semble que ces problèmes sont de plus en plus récurrents chaque année.
Voilà, pour le côté négatif de notre vie ici, celui que les autoctones subissent de
plein fouet, le seul qui représente une calamité surtout si on n'a pas de moyens.
Quant aux côtés positifs, je ne sais pas par où commencer, tant il y a à
dire.
Tout d'abord, bienvenue à la destination Soleil, lui qui brille ici toute l'année à
s'en faire des rides de bonheur !
Aux confluents de l'Europe, de l'Amérique et du reste de l'Afrique, là où la savane de baobabs géants et les déserts arides cotoient l'Atlantique, le Sénégal nous montre mille facettes :
- Sahel, chaleur torride, dromadaires et bergers nomades dans le Nord ;
- Quelques dizaines de kilomètres plus bas, là où je vis, place au sable fin avec plages et "farniente";
- Dans le grand Sud, nature luxuriante faite de palétuviers, palmiers, cocotiers, profitant des méandres des fleuves Casamance et Gambie ;
- Plus à l'est, vous pouvez garder vos yeux grands ouverts pour observer furtivement une biche ou quelques hippopotames sortant du bain, ou bien encore ces espiègles chimpanzés se balançant dans
une forêt d'un massif montagneux.
Quel plaisir aussi de constater que le Sénégal - où court dans les grandes villes
une jeunesse "in" - a su conserver ses traditions ; ce pays est riche d'une mosaïque d'ethnies, de cultures et de religions (peuples Wolofs, Peuls, Sérrères, Diolas, etc ...) lesquelles
cohabitent sans heurts, nous infligeant ainsi une bonne leçon d'humanité. Car dans nos pays dits civilisés, il suffit d'une petite différence ou d'un mot plus haut que l'autre pour mettre le feu
aux poudres ...
Quant à la mémoire des souffrances du peuple africain, bien évidemment il y en
aurait des pages et des pages à en parler, mais déjà la célèbre Ile de Gorée se profile à notre horizon de la capitale Dakar et fait face aux Amériques comme pour nous rappeler ce que l'homme est
capable de faire à l'homme. No comment !
Je n'oublierai pas non plus de vous parler des femmes sénégalaises, celles qui me
touchent, ces beautés à la peau dont le grain semble si doux qu'elles attirent les hommes du monde entier. Et bien, ces femmes portent sur elles tout le poids de la bonne marche de ce pays, avec
leur courage sans faille, leur abnégation, dans la débrouille le plus souvent, juste pour arriver, au jour le jour, à faire bouillir la marmite pour une multitude d'enfants dont, pour la plupart,
elles ont seules la charge.
Enfin, ne pas oublier qu'ici, malgré tout ce qui peut se passer, les sénégalais
souvent qualifiés de "collants comme des mouches, mais pas mauvais comme des moustiques" sont des gens foncièrement gentils et que si vous les abordez avec le sourire, ils vous le
rendent au centuple, pays de la "Teranga" (bienvenue) oblige !
Amitiés chaudes de Sosso, la "sénégauloise".
